CheminéeAlors voilà, on nous prédit plein de conséquences aux changements climatiques eux-mêmes conséquences de nos émissions de gaz à effet de serre. Mais qui c'est ce ON, des madames Irma avec leurs boules de cristal, des devins qui savent qu'après la pluie il y a le beau temps, ;-) ... Mais non les scientifiques bien entendu. Mais quels scientifiques et comment travaillent ils ?
Je vais donc décrire :

  • les scientifiques qui interviennent dans ces recherches
  • comment le GIEC fonctionne et met en musique ces travaux pour que nous puissions en comprendre les enjeux
  • quels sont les outils utilisés
  • un résumé très rapide de leur travaux

Les scientifiques

Le panel de scientifiques dont les recherches concernent ou sont utilisées pour les prévisions de changements climatiques est très important. En voici un petit inventaire qui permet de se rendre compte de la complexité de la question :

  • comprendre comme ça marche :
    • les astronomes et astrophysiciens pour évaluer combien de rayonnement nous recevons du soleil
    • les thermodynamiciens pour comprendre comment se déroule les échanges d'énergie entre le soleil, la terre et l'espace
    • les aérologues pour comprendre comment évolue la composition chimique de l'atmosphère
    • les physiciens pour comprendre les circulations d'air et la composition des différentes couches de l'atmosphère
    • les géographes pour comprendre comment se présente l'occupation des sols (glace, eau, végétation, ...) et les variations de celle-ci
    • les biogéochimistes pour comprendre les cycles chimiques sur Terre (et du carbone en particulier)
    • et d'autres encore...
  • l'eau principal composant de la terre, on a donc besoin des lumières
    • des océanographes pour comprendre les océans et leurs rôles
    • des glaciologues pour toutes les parties de la terre couvertes d'eau solide
  • la météo bien entendu
    • les météorologues sont les premiers à avoir mis en place des modèles de calculs (nécessitant des puissances informatiques importantes) pour prédire le temps de demain
    • les climatologues qui utilisent les mêmes outils et connaissances sur d'autres échelles de temps
  • le passé. Les modèles pour être validés se frottent aux réalités du passé, il faut donc connaître ce passé
    • avec les historiens
    • les glaciologues qui tirent pas mal d'informations de l'étude de leurs carottages
    • des spécialistes de la faible radioactivité pour les datations au carbone 14
    • etc...
  • on ne connais pas l'avenir, mais on peut l'imaginer en dressant des scénarios. On fait donc appel :
    • aux économistes
    • aux démographes
    • aux ingénieurs (qui peuvent essayer d'intuiter les avancées technologiques)
  • etc...

Comme on le voit le nombre de domaines scientifiques et de personnes intervenants est assez impressionnant. Je n'ai pas parlé des naturalistes pouvant imaginer les conséquences sur les systèmes vivants, la biodiversité, etc... Il faut donc lier tous ces travaux, les organiser, les synthétiser et les résumer pour aider les prises de décisions.

Le GIEC

C'est le rôle du GIEC.
Le GIEC (Groupe Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) a été mis en place en 1988. C'est une organisation de pays (tous les membres de l'ONU en sont membres, soit 189 pays en 2000) dont le rôle est d'expertiser l'information scientifique, ,technique et socio-économique qui concerne le risque de changement climatique provoqué par l'homme. Il ne mène donc pas de recherches mais organise la synthèse et l'expertise des travaux existant pour en dégager des éléments de consensus.[1]



Le GIEC est composé de trois groupes avec un champ de travail précis :

  • Groupe 1 : Fonctionnement du climat et appréciation du changement climatique
  • Groupe 2 : Vulnérabilité de la biosphère et de notre système socio-économique face aux évolutions possibles du climat
  • Groupe 3 : Manière dont peuvent évoluer les émissions de gaz à effet de serre et les variables d'action pour réduire les émissions

La méthode du GIEC

Tous les quatre ou cinq ans l'assemblée plénière (ou chaque pays dispose d'une voix) décide d'un programme de travail en décidant du sommaire du prochain "rapport d'évaluation". Le GIEC dispose alors des points sur lesquels les gouvernements souhaitent des avis d'experts.
A partir de ce plan de travail, le bureau du GIEC met en route le processus d'expertise :

  • sollicitation des "auteurs principaux" qui géreront un point précis du plan de travail en s'entourant de contributeurs spécialisés. Ces contributeurs doivent faire le tour des travaux portant sur le point à étudier et synthétiser l'état des connaissances. A partir de ces recherches, une première rédaction du chapitre concerné est faite par les auteurs principaux.
  • cette première rédaction est diffusée aux scientifiques du monde pour recueillir remarques, critiques ou suggestions. N'importe quel scientifique peut demander à recevoir une copie de ce document.
  • à partir des retours, une seconde version du document est rédigée. Cette seconde version est à son tour soumise à la lecture des scientifiques mais aussi aux gouvernements des pays membres.
  • à l'issu de ces allers-retours un projet de rapport d'évaluation final est rédigé et soumis à l'approbation de l'assemblée du GIEC. Une fois approuvé, un rapport devient une publication du GIEC.
  • enfin des "résumé pour décideurs" sont rédigés [2]

Les outils

Pour travailler et essayer de prévoir les évolutions à venir les scientifiques et le GIEC disposent de deux outils principaux :

  • les modèles
  • les scénarios

Les modèles

Un modèle est un programme informatique qui réalise de nombreux calculs pour essayer de prévoir quels seront les caractéristiques du climat de demain. Il ne propose pas des résultats certains mais des probabilités plus ou moins fortes et des marges d'erreur.
Pour tester la fiabilité d'un modèle, les techniciens lui font calculer les évolutions du climat sur une période passée et valide qu'il remonte bien des résultats conformes aux mesures. Cette phase permet :

  • de régler l'influence des différents paramètres pris en compte par le modèle
  • d'estimer les marges d'incertitudes

A noter que les modèles reposant sur des connaissances acquises par l'observation, ils sont rarement capables de prendre en compte les "effets de seuil" (si l'océan devenait saturé en gaz et ne jouait plus son rôle de puits de carbone, si les courants marins étaient modifiés, si le gaz emprisonné dans la toundra était relâché par la fonte de celle-ci, etc...) qui introduiront des effets irréversibles difficilement imaginables cas jamais observés mais pour certains fort probables.

Une fois ces modèles mis au point on peut lancer les calculs mais encore faut il savoir quelles conditions nous mettons en paramètres d'entrés de ces modèles. C'est là que les scénarios entrent en jeu.

Les scénarios

Des économistes et des démographes ont donc imaginés des scénarios d'évolutions de nos systèmes politiques et économiques pour mettre en place les paramètres de calculs de ces modèles.
Le GIEC travaille avec plusieurs scénarios dont vous trouverez un résumé très bien fait ici.

Les projections résultantes des différents scénarios

Voici les résultats des scénarios :

  • Scénario B1: + 1,8 degrés (1,1-2,9): le moins polluant, il décrit un monde "convergent" (sous l'effet de la mondialisation), où la population culmine au milieu du siècle et décline ensuite, où l'accent est mis sur des solutions mondiales orientées vers une viabilité économique et environnementale, y compris une meilleure équité, mais sans initiatives supplémentaires pour gérer le climat.
  • Scénario A1T: + 2,4 (1,4-3,8): la croissance est très rapide, mais l'économie s'appuie sur des sources d'énergie autres que fossiles et intègre rapidement les technologies plus efficaces.
  • Scénario B2: + 2,4 (1,4-3,8) il décrit un monde où l'accent est placé sur des solutions locales, dans un sens de viabilité économique, sociale et environnementale.
  • Scénario A1B: + 2,8 (1,7-4,4): la croissance très rapide s'appuie sur des sources d'énergie équilibrées entre fossiles et autres (nucléaire, renouvelables). De nouvelles technologies plus efficaces sont introduites rapidement. C'est le scénario qui "colle" le plus aux prévisions actuelles de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) pour 2050.
  • Scénario A2: + 3,4 (2-5,4): il décrit un monde très hétérogène (autosuffisance, préservation des identités locales). La population continue de croître, car les taux de fécondité se rapprochent plus lentement, le développement économique a une orientation principalement régionale.
  • Scénario A1F1: + 4 (2,4-6,4): le plus polluant, il décrit un monde à croissance très rapide qui recourt fortement aux énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole).

On note donc que tous scénarios confondus on prévoit une augmentation de 1,1 à 6,4 °C en 2100.

Les conséquences envisageables.

Tout d'abord un lien vers le billet de Kok qui a très bien résumé celles-ci.
Ensuite un lien vers la rubrique concernée du site de Réseau Action Climat France

Voici une petite listes des impacts envisagés :

  • hausse du niveau des mers et océans => pertes de terres habitées, ouragan, raz de marée
  • perte de biodiversité les plantes et arbres ne pouvant suivre le rythme du changement et migrer vers des espaces propices, ensuite mort des espèces y habitant, etc...
  • maladies tropicales à Marseille [3]
  • déplacement de population et répercussions politique => conflits armées [4]

Cet article n'est pas très optimiste mais hélas les dernières infos venant du GIEC et le manque de réactions des politiques mais aussi des français[5] n'invitent pas à croire en l'avenir pour nos enfants...

Pour aller plus loin
  1. http://fr.wikipedia.org/wiki/GIEC
  2. http://www.manicore.com

Et nous que peut-on faire

Plein de petites choses sont déjà possibles :

  • faire son bilan carbone pour essayer de trouver des marges d'amélioration. http://www.calculateurcarbone.org/
  • ne pas attendre que d'autres fassent à notre place et tenter d'être moteur dans les changements incontournables que nous devrons opérer
  • aller à l'école de ses enfants à pieds quand on a pas besoin de sa voiture ensuite
  • améliorer son habitation
  • préférer des achats écologiques et responsables
  • ne pas acheter ce dont on a pas besoin, résister aux envies d'achat compulsifs
  • manger moins de viande et des produits biologiques locaux
  • trier nos déchets pour favoriser le recylclage
  • etc...

Notes

[1] Il est important de noter que les conclusions du GIEC sont donc un consensus, ce qui peut laisser penser qu'elles ne sont pas complètement illégitimes

[2] c'est triste de constaté que les décideurs ne sont pas capables sur des sujets aussi grave de lire toutes les données :(

[3] des moustiques portant le virus du CHIKUNGUNYA ont été trouvés en Camargue cet été

[4] utilisation de l'arme atomique... _evil

[5] touche pas à ma bagnole