Que penser d'une société où les personnes qui pratiquent avec sérieux et responsabilité leur métier doivent payer pour le prouver ? Que pensez d'une société où les personnes qui pratiquent leur métier avec unique objectif la course aux rendements quel qu'en soient les conséquences, reçoivent des subventions de l'état, ces mêmes subventions issues des principes de redistribution en vigueur dans cette société.?
Cette société ne va elle pas droit dans le mur ? Pourquoi les conséquences des pratiques douteuses des uns doivent-elles être payées par les autres qui tentent de mettre en place des pratiques plus saines ?
Alors, qu'en penser ? Qu'elle marche sur la tête et qu'elle n'ira pas loin, n'est-ce-pas ?
Et bien c'est exactement ce qui se passe dans l'agriculture française (et certainement d'autres mais je ne vais parler que de celle qui nous concerne).
En effet les grandes exploitations qui pratiquent une agriculture intensive à grand renfort d'engrais et de pesticides, de tracteurs énormes pour travailler des surfaces immenses avec le moins de main d'oeuvre possible, avec des serres chauffées pour manger des tomates en hiver,... et bien ces exploitations reçoivent des subventions importantes pour exporter leurs produits et rendre des populations (jusque là alimentairement autonomes) dépendantes.
A l'inverse, les producteurs qui pratiquent une agriculture biologique (sans produits chimiques) doivent payer pour obtenir une certification permettant aux consommateurs d'être confiant lors de leur achat. Ces mêmes consommateurs ayant été rendus méfiants par les nombreux scandales (vaches folles, poulets à la dioxine, ...). Et ce coût important est bien entendu répercuté sur les prix ce qui participe à restreindre le nombre de consommateurs pouvant y accéder et fait le jeu des premières exploitations cités. De fils en aiguille on voit que pour se nourrir de façon responsable il faut en plus payer pour l'irresponsabilité du système dominant.
Quand le principe de pollueur-payeur sera-t-il appliqué?
Il semble assez juste de faire payer une taxe aux producteurs pratiquant des agricultures irresponsables et non-durables pour que ces sommes récoltées payent les organismes chargés de certifiés les pratiques écologiques, durables et éthiques. De plus ce fonctionnement plein de bon sens permettrait d'inciter les conversions plutôt que de les freiner.
Enfin ces sommes permettraient certainement de financer des rechercher dans les domaines de l'agriculture biologique pour l'améliorer, des énergies et des transports qui sont des thèmes impactant dans les circuits alimentaires « propres ».
On pourrait ainsi imaginer un label « AB+ » où les problématiques de transports et d'énergie consommée seraient prise en compte (un produit « AB » serait « AB + » s'il parcours moins de 100 km ou s'il ne peut être produit localement), etc...
Pour peser sur toutes ces questions, il est important que les réseaux de producteurs (FNAB, ARDEAR, syndicats, ...) et les réseaux et associations de consomm'acteurs citoyens (AMAP, Alliance Paysans Ecologistes Consommateurs, Terre de lien,,..) travaillent ensemble pour être force de proposition. C'est le sens de l'implication dans la société et du partenariat agriculturel qui figurent dans la charte des AMAPs Rhône-Alpes.
